Malgré la hausse des prix du carburant, les camping-caristes continuent de voyager. En revanche, le climat des affaires est moins bon…
Véritable marqueur du coût de la vie, au même titre que le tarif de la baguette, le prix du carburant anime toujours les conversations sur les aires de stationnement. Tout le monde y va de son commentaire. « On rogne sur les restaurants et les activités payantes pour compenser le prix du carburant » confie un camping-cariste rencontré lors du week-end de Pâques.
Un surcout modéré : 5 € / 100 km
Sur la base d’un prix au litre à 2,30 €, le surcoût carburant n’est pas neutre (5 € / 100 km), mais il reste modéré au regard du nombre de kilomètres parcourus. En somme, rien qui puisse arrêter les camping-caristes dans leur besoin d’évasion. Olivier Coudrette, le directeur du réseau Camping-car Park, s’en étonne encore : « J’ai été surpris de voir les chiffres de fréquentation sur les sept derniers jours. Nous avons enregistré une hausse de 32% sur les aires de stationnement en Bretagne et Pays-de-la-Loire, deux régions importantes qui comptent, on le sait, le plus grand nombre de camping-cars immatriculés. Et si on compare très précisément le week-end de Pâques, entre 2025 et 2026, on est à + 20% cette année. Pas de doute, les gens continuent de voyager, moins loin, mais ils partent toujours. Après les mois d’hiver pluvieux, il y a eu un effet rattrapage. A l’inverse, les régions PACA et Auvergne-Rhône-Alpes enregistrent respectivement une baisse de fréquentation de 15% et 12% ».

Moins de monde dans les concessions
Si les camping-caristes continuent à voyager, ils freinent leurs dépenses ces dernières semaines. « Depuis la fin mars, on sent une baisse de la fréquentation dans nos concessions et un ralentissement des ventes de camping-cars. Au travers d’opérations en interne, plus nombreuses cette année, on termine tout de même le mois de mars dans le vert, avec une croissance de 7% des ventes. C’est déjà une belle victoire, vu le contexte. Ce qui m’inquiète le plus, c’est la fronde sociale qui pourrait prospérer » détaille Olivier Guinut, à la tête de 21 concessions Libertium dans le grand ouest de la France.
Pour lui, pas question de remettre en cause le camping-car sous prétexte que le carburant flambe. « J’ai eu l’occasion de le dire récemment à l’occasion de portes ouvertes, le camping-car reste le mode de vacances le moins onéreux. A la différence de l’hôtel où vous multipliez les déplacements en voiture pour faire des balades dans la journée, le camping-car permet de dormir au plus près des lieux touristiques, sans faire des allers-retours permanents. En somme, les camping-cars se baladent beaucoup, visitent plein d’endroits, mais sans faire des centaines de kilomètres. Ce sont plutôt des sauts de puce, comme en atteste le kilométrage moyen des camping-cars : 8000 km / an ».
La crise de l’aérien profite au camping-car
Si les Français temporisent, lèvent le pied sur les dépenses, ils n’ont pas tiré un trait sur leur projet de vacances. En première ligne, les loueurs de camping-cars notent une accélération des réservations depuis quelques semaines, comme en atteste Augustin Boyer du réseau WeVan : « Nous sommes en avance de 13% par rapport à l’an dernier, à périmètre constant. De toute évidence, nous profitons de la crise de l’aérien. Beaucoup de gens annulent leur voyage à l’étranger et se reportent sur des vacances de proximité, comme après le Covid » confie le co-fondateur du réseau WeVan, dont le parc de location atteint pratiquement 1000 fourgons et vans aménagés.

Explorer sans polluer
Voyager autrement, l’agence de location The Family Van en a fait le cœur de son activité lancée en 2021. « L’idée est simple, redonner du sens à l’évasion, en privilégiant le circuit court, les découvertes locales et une mobilité douce » écrivent les co-fondateurs Noémie, Kévin et Mathieu sur leur site thefamilyvan.fr. A la tête d’une flotte de vans aménagés 100% électriques, ils proposent des séjours thématiques en groupe ou des voyages sur-mesure. « La bonne dynamique engagée depuis le début de l’année se poursuit et s’accélère, notamment sur les séjours en groupe, le surf camp itinérant ou la retraite de pilates 100% filles. Je pense que l’impact du choc pétrolier sera plus fort dans les prochaines semaines, car beaucoup de personnes attendent avant de réserver leurs vacances d’été ».
Les Français sont bien décidés à sanctuariser leurs vacances, quand bien même ils doivent faire des concessions et partir moins loin et moins longtemps.
Moins loin et moins longtemps
« La durée moyenne de réservation des locations a diminué de 10 % et s’établit à 6,81 jours. Si la situation en reste là, il est possible que les gens roulent moins, comme pendant le Covid. Trop tôt pour le dire. On fera les comptes en fin de saison. Généralement, la moyenne se situe autour de 200 km / jour » poursuit Augustin Boyer, le co-fondateur du réseau WeVan.

Vers un changement des comportements ?
Beaucoup s’interrogent sur l’avenir. En quoi cette période incertaine va impacter les comportements d’usage ? Au sein du réseau Camping-car Park, on réfléchit déjà à de nouvelles stratégies. « On verra comment évoluent les choses, mais nous pourrions prévoir dans les régions en souffrance des actions spécifiques en faveur du tourisme de proximité et en accord avec les collectivités qui gardent la main sur les tarifs. Par exemple, une nuit offerte pour six passées dans le département d’origine des utilisateurs. Nous l’avons déjà fait dans les Landes, avec un certain succès. Si les camping-cars restent plus longtemps sur les aires, il faudra aussi faire évoluer les limitations de stationnement dans certaines communes, où il est parfois interdit de rester plus de 48 h sur les aires ».
Au bout du compte, le camping-car s’impose comme une alternative aux vacances classiques, puisqu’il autorise une grande liberté de mouvement et d’organisation sans faire des milliers de kilomètres.
