Aux lendemains du salon de Paris-Le Bourget, revendiqué premier salon VDL de France, de nombreuses voix s’élèvent pour dénoncer la tristesse de cette édition – la soixantième – marquée par un recul de la fréquentation.
Un contexte défavorable
Il faut reconnaitre que le contexte n’a pas joué en faveur du salon : flambée des prix du gasoil, incertitude politique, manifestations, hausse des taux d’intérêt, difficulté de circulation liée à visite du Pape le premier week-end… Bref, cette édition – la soixantième – cumulait dès le départ de sérieux handicaps. De surcroît, les salons grand public souffrent d’un repli général des visiteurs, mis à part quelques exceptions à forte identité passionnelle ou célébrant des anniversaires (Rétromobile en 2026).
Main dans la main
À toutes ces raisons conjoncturelles s’ajoutent d’autres facteurs plus structurels, comme l’organisation en amont de multiples salons et foires organisés par les distributeurs de camping-cars en région. Certains professionnels évoquent le chiffre de quarante événements recensés durant les semaines qui ont précédé le salon de Paris-Le Bourget. « Il faut s’interroger sur la saturation géographique et la prolifération des salons sur le territoire national. Si le client retrouve les mêmes offres dans le salon à côté de chez lui, Le Bourget a-t-il encore un sens ? » s’interroge Steven Rigolet (réseau Ypocamp) lors d’une intervention remarquée sur le réseau linkedin. Tout en reconnaissant le caractère incontournable du salon, il porte la plume dans la plaie, s’inquiète du manque d’inspiration et l’image projetée par le salon.
Il appelle de ses vœux une transformation profonde, portée par les fabricants et les distributeurs. « J’espère qu’ils travailleront main dans la main » poursuit-il. L’objectif, ce n’est pas de « tirer sur la caravane », comme il le dit avec humour, mais d’identifier des solutions. Et de proposer un vrai retour à la réalité des usages en donnant, par exemple, plus de place aux aménageurs, aux influenceurs, aux fédérations, en organisant des conférences sur les voyages ou en invitant des régions et des départements sur le salon.
Plus de places pour les accessoires
Les réseaux se font l’écho du désenchantement des visiteurs, comme le rapporte Stéphane au travers d’une vidéo réalisée sur le sujet (@familyRoss) « L’objectif n’est pas d’enterrer le Salon VDL, mais de poser les questions qui me semblent importantes pour l’avenir de cet événement historique » témoigne le camping-cariste youtubeur. Tous les sujets sont sur la table : durée, format, lieu, prix du parking, etc. Au fil des commentaires, les visiteurs regrettent le plus souvent la faible place accordée aux accessoires, contrairement aux salons allemands, et l’absence remarquée de nombreuses marques : Laïka, Dethleffs, Knaus, Weinsberg, Morelo, LMC, Frankia, etc. Au bout du compte, le salon tient-il toutes ses promesses lorsqu’il se présente comme la vitrine du marché ?
L’amertume parait d’autant plus grande que cette édition anniversaire devait être un moment de fête. Yves Landrau, distributeur à Angers (49), ne mache pas ses mots au retour du salon. « Notre métier est de vendre du rêve, du plaisir, du voyage, de la découverte, de l’évasion et des souvenirs. Mais ce salon était d’une tristesse incroyable, aux antipodes de notre métier ».
Priorité au commerce
La remise en question ne sera pas simple, tant les équilibres économies sont délicats. Si certaines marques ont jeté l’éponge et ne viennent plus au salon, d’autres y jouent clairement leur saison. Pas question de faire l’impasse. C’est au Bourget que les marques réalisent une part significative des ventes annuelles. Et de la réussite du salon dépend l’activité des usines.
Malgré la pression commerciale très importante, exacerbée par une affluence en recul, le salon ne doit pas virer à la foire d’empoigne entre vendeurs. « Avant d’acheter un camping-car, le client achète de la confiance envers une marque et les hommes qui l’incarnent. Quelle que soit la marque, le camping-car reste un produit profondément imparfait. Les emmerdes, de toute façon, il faudra les gérer. Et ce n’est pas en achetant au premier venu ou sur internet qu’on les régle » martèle Patrice Moreau, le directeur commercial France du groupe Pilote qui insiste sur la dimension humaine de l’événement. « Le salon doit être le rendez-vous de la communauté, le lieu où l’on partage la même passion du voyage en camping-car. C’est peut-être ça que nous avons perdu cette année ».
Panne sèche
Alors que de nouveaux usages émergent depuis la crise sanitaire, le salon doit se réinventer, s’ouvrir plus largement aux marques qui frappent à la porte, conjuguer innovations et émotions, nourrir l’imaginaire, le carburant principal sans lequel le camping-car risque la panne sèche.

